Condes en quelques mots

Par Alain CATHERINET, Historien

CONDES


PRÉSENTATION : Condes est un village haute-marnais de la région Grand Est (anciennement Région Champagne-Ardenne). Il est située à 5 km au nord de la cité préfecture de Chaumont ce qui présente de nombreux avantages  en terme d’accès aux services, aux sports et à la culture.

La commune de 310 habitants s’étend sur 5,1 km², est à l’écart de la RN 67.Elle est lovée dans un méandre de la Marne qui traverse son territoire, comme le canal entre Champagne et Bourgogne (ex Canal de la Marne à la Saône). Situé à l’altitude moyenne de 300m, le territoire de Condes est imprégné par son patrimoine naturel et ses paysages variés, ne comptant pas moins de trois Zones Naturelles d’Intérêt Écologique Floristique et Faunistique (ZNIEFF) aux richesses naturelles  exceptionnelles particulièrement peu connues.

L’ANTIQUITÉ : Les environs de Condes étaient très probablement occupés dès les âges du fer (Hallstatt et Tène :1200-750 av. J-C), comme le montrent plusieurs petits fortins dominant la Marne, et une ferme gauloise repérée récemment entre le canal et le château. De même, les Romains présentent quelques traces d’habitat le long de la vallée de la Marne, dont un sanctuaire des eaux guérisseuses contre Les Fontaines, actuellement dans le parc du château.

HISTOIRE : Sur le plan de l’histoire, Condes est certainement parmi les plus anciens villages. Au Xe siècle, le territoire de Condes (Treix et Darmannes) faisait partie d’un des fisc royaux qui avait été donné en remerciement au comte de Bologne et du Bassigny par le roi . Mais en 961, sur son lit de mort le comte, en présence du roi Lothaire, fait don à l’abbaye Saint-Rémi de Reims par l’entremise du roi, du prieuré et de la curtis de Condes (métairie) avec tous ses biens et dépendances, et lègue le Val-de-Rognon aux chanoines de Reims et de Langres pour être inhumé à saint Rémi. On voit que Condes était à cette époque une grosse métairie au service du prieuré, avec plusieurs familles groupées autour de l’église et du moulin, ce qui représente l’embryon du village actuel.

            Mais le village n’existe pas encore, on parle tout juste d’une paroisse et pendant tout le Moyen âge de serfs au service du prieuré, car leur destin est intimement lié. Du XIIe au XVe siècle, le prieuré dépend de l’abbaye saint Rémi de Reims, alors que la communauté des habitants dépend directement de l’autorité du comte de Champagne. Quand le Comte Henri II engage l’avouerie (la garde) de Condes à Josbert seigneur de Chaumont, ce dernier se rend tellement insupportables aux habitants, qu’en 1182, ceux-ci indemnisent Josbert pour s’en libérer, afin d’être à nouveau placés sous le protectorat direct de la  comtesse Marie de Champagne.  A cette époque, le prieuré comprenait douze chanoines et un supérieur sous la règle de saint Augustin, et la seigneurie comprenait Condes, Jonchery, Treix, Laharmand et Bonmarchais (localité disparue proche de Treix). En 1187, le prieuré est au faîte de sa gloire, et accueille plusieurs grands seigneurs des environs qui viennent se faire chanoines.

            Mais au début du XIVe siècle, les chanoines délaissent les prières et le recueillement, ne se préoccupant plus désormais que des affaires temporelles du prieuré, au point de démériter la confiance des nobles et l’obéissance de leurs serfs.  Les revenus sont alors moins bien assurés à cause de la guerre de Cent ans, et les convoitises se font bien plus nombreuses.  A ces difficultés viennent se greffer les troubles de la période et les brigandages opérés par les bandes indisciplinées des routiers, qui incendient les villages du comte de Champagne et ceux de la seigneurie du prieuré ; les terres sont souvent abandonnées à la friche, Bonmarchais est abandonné définitivement et le prieuré dévasté. C’est l’occasion pour les habitants de Darmannes de tenter de s’affranchir de la banalité du moulin du prieuré, sans succès.

            L’ensemble du prieuré de Condes, tombé de vétusté avec ses fermes, est pourtant reconstruit vers 1450. Mais le concordat de Bologne en 1516, qui autorisait François Ier à nommer aux bénéfices de son royaume des abbés et prieurs commendataires de son choix, donne au début du XVIe siècle un mauvais coup au prieuré de Condes en l’amputant d’une partie de ses revenus. Désormais, le prieuré mal entretenu se vide de ses  chanoines, ne devenant plus qu’un domaine de rapport au service de son abbé nommé et du prieur, seul religieux résidant. De plus, une mauvaise conjoncture ramène rapidement l’ensemble du prieuré à la ruine à la fin du XVIIe siècle. 

            Même si plusieurs bienfaiteurs tentent dans le siècle suivant, de restaurer le prieuré, la Révolution  va donner le coup de grâce à cet établissement, en votant en 1790 la suppression des ordres religieux, et deux ans après la confiscation de leurs biens par la Nation. Le prieuré, amputé de la plupart de ses bois devenus Nationaux, et la plupart de ses propriétés foncières sont vendus comme Bien nationaux en 1791 pour une somme modique à un certain M.Mollot, qui revend le tout la même année à Claude Duval de Fraville originaire de l’Aube.

LA CRÉATION DE LA COMMUNE AU XIXe SIÈCLE : La vieille maison prieurale de Condes, était dans un état de délabrement notoire. Après avoir remis un peu d’ordre dans sa propriété, le nouveau propriétaire fait entourer le domaine d’une douzaine d’hectares par un mur de près de 2m de hauteur. Il implante également un haut fourneau à Condes en 1821 sur la Marne, à l’emplacement de l’ancien moulin du prieuré, juste à droite après le pont de la route de Treix, et rachète de nombreuses parcelles en fond de vallée, afin d’agrandir son domaine.

            En tant que maire, il fera construire en 1824 le nouveau bâtiment de la mairie-école, avec le logement de l’instituteur et des latrines dans la cour.

            Son fils, Laurent-Martin Duval de Fraville, se marie avec la fille du maire de Chaumont et hérite par donation anticipée du domaine de son père à Condes en 1819 presque en même temps que du titre héréditaire de baron l’année suivante. Il réunit ce domaine à l’ancien fief du prieur que possédait son grand-père maternel, puis, grâce à des échanges et acquisitions, transformera après coup ce site, pour en faire un des plus beaux domaines de la Haute-Marne. En 1831, un an après la mort de son père, le nouveau baron démolit le mur d’enceinte que son père avait établi, et fait construire un vaste mur en pierres sèches de 2 m de haut tout autour de l’ensemble de son domaine agrandi, bois compris, qui sera terminé en 1834, mais qui ont été refaits entièrement entre 1857 et 1860 sur une hauteur de 2m hors sol, avec six portes dont deux charretières, et qui est toujours visible de nos jours.

            Naturaliste et jardinier par passion, Laurent-Martin Duval de Fraville commence par embellir le parc du domaine, et sera à l’origine du boisement des coteaux bordant la Marne ainsi que de nombreuses parcelles. Il est également à l’origine de l’importation en masse du pin et des résineux dans notre département, et recevra de nombreuses médailles pour l’ensemble de ses travaux d’agronomie.

           Le pont de la forge qui avait été construit en 1834 à la place d’un gué, voit en 1854 ses piles et avants becs gelés, parapets renversés. En tant que maire de Condes (de 1834 à 1848),  il fait reconstruire le pont de la forge et finance personnellement l’installation sur l’avant bec central d’une croix en pierre, afin dit-il, de commémorer l’invasion du choléra ainsi que la reconstruction du pont.

            Entre 1837 et 1840, il a fait édifier le château de Condes en reconstruisant tous les bâtiments périphériques et en aménageant le parc, y plantant de nombreuses essences d’arbres paysagers rares dont on peut encore en voir plusieurs aujourd’hui.

            A la suite, il fait construire en 1841 le pont  du château avec les deux pavillons du concierge à l’entrée, et modifiera le dessin des allées du parc pour être en harmonie avec ce nouvel accès au château. En 1857, la suppression du talus de la Rue du coteau de la Forge lui donne encore l’occasion de construire un chenil pour quelques chiens de chasse avec cour close, comprenant un logement pour un garde et un très petit jardin en parterre joignant l’habitation du concierge dans les pavillons situés à l’entrée du pont du château.

            Il réalise en 1847 une vaste ferme en contrebas du village pour loger son principal fermier, qu’il appelle Grand-Ferme du Château, afin d’éviter les mauvaises odeurs dans l’environnement de sa demeure. En 1850, il fait également construire dans le village une bergerie pour une cinquantaine de moutons, à mi-hauteur de la Rue de la Montagne, qu’il place sous la responsabilité du berger communal.

            En 1858, il fait également édifier à ses frais en haut de la Rue des Crêts, une solide croix en fonte sur piédestal en pierre (qu’il dédie à ses deux petits-fils), auquel aboutit un chemin qu’il crée le long du coteau depuis l’église en aval duquel il plante des fruitiers.

            Le traité de libre-échange signé avec l’Angleterre, impliquant l’importation immédiate du fer anglais bien moins cher, signe la fermeture de nombreuses forges en Haute-Marne, dont celle de Condes le 1er octobre 1862, mettant au chômage de nombreux ménages qui vivaient de la forge ainsi que des cultivateurs qui faisaient les charrois à la mauvaise saison.

            L’adjudication de la reconstruction de l’église le 9 juillet 1863, l’oblige à faire relever les corps du cimetière compris dans le périmètre du nouvel édifice, dont les tombes de sa propre famille qu’il transfère dans un mausolée de style grec entouré de grilles au fond du cimetière actuel. Il fait également enlever tout le mobilier religieux de l’église, et offre à titre gracieux, de transformer la chapelle du château en église paroissiale pour une durée indéterminée à partir du dimanche 2 août. Les travaux de reconstruction, auxquels il a largement participé de ses deniers, s’étaleront entre 1863 et 1865, et l’ancien clocher sera vendu à la commune de Brethenay où on le voit toujours trôner aujourd’hui.

            Le baron Laurent-Martin Duval de Fraville accepte en 1865 le transfert à Condes du petit orphelinat chaumontais des dames de charité attachées au bureau de bienfaisance de la ville, qui deviendra « l’orphelinat de Condes ». Il leur offre la jouissance de la maison d’école des filles  et fait exécuter à ses frais la rénovation du bâtiment d’habitation qu’il meuble également à ses frais. Les sœurs offrent en échange de faire l’école aux petites filles de Condes et de Brethenay, et de leur apprendre à cultiver un jardin.

             Usé par une vie  bien remplie, le baron Laurent-Martin Duval de Fraville s’éteindra le dimanche 26 février 1871 dans son château de Condes, âgé de 80 ans. Ses deux fils, Gustave (né en 1822) et Roger (né en 1854), seront tous les deux respectivement maires de Condes à sa suite. C’est sous l’administration de Gustave, qu’un lavoir communal à pont mobile sera encore réalisé en bas du village en 1782, entre le pont de la forge et le logement du maître forge.

Le Canal d’entre Champagne et Bourgogne (ex Canal de la Marne à la Saône depuis 2004), longtemps demandé par les militaires puis les maîtres de forges, est déclaré d’utilité publique par le décret du 27 juillet 1861 et verra les premiers travaux de son creusement débuter la même année. Le tronçon de Bologne à Chaumont (qui concerne la traversée de Condes), est étudié dans l’avant-projet du 10 mars 1874 et mis en chantier dès les expropriations effectives.

Pour réaliser dans le détail ce projets sur le territoire de Condes, on construit grâce à quatre chantiers simultanés une écluse de 3,50 de chute juste avant l’éperon de Ma Chaumière, un tunnel voûté de 308m de long construit à double voie de circulation (unique en France) réalisé en quinze mois entre le 1°mars 1883 et le 1°juin 1884, puis un pont-canal surplombant la Marne, et enfin un pont métallique à bascule automatique. C’est ainsi qu’à Condes, on peut dire que le canal recèle quatre curiosités juxtaposées que nul autre commune haut-marnaise ne peut revendiquer. La mise en eau du tronçon de canal de de Bologne à Chaumont, a été effectuée le 9 décembre 1886.

CONCLUSION : A eux trois, on peut dire qu’ils ont construit le village de Condes  au cours du XIXe siècle, passant de maisons des fermiers du prieuré et d’un groupement de masures des serfs, à la construction d’un véritable village avec toutes ses infrastructures :  une mairie-école, deux ponts, une école des filles bientôt transformée en orphelinat, un lavoir, et devant l’augmentation considérable des habitants, d’une nouvelle église capable de recevoir toute la population. Mais aussi à titre privé un haut fourneau et un château, ainsi que la plantation des coteaux et des terrains tant privés que communaux, qui vont changer radicalement le paysage local.

            Grâce à eux, on trouve aujourd’hui aux portes de Chaumont dans le village de Condes, un véritable havre de paix dans son écrin de verdure, qui offre une qualité de vie que beaucoup nous envient.